10 trucs qui font de moi une mère en carton (mais j’assume)


Inclassable / mercredi, mars 20th, 2019

Le 10 mars dernier, une blogueuse extra qui répond au nom de Frau Pruno, a pris le risque de publier un article intitulé « Comment j’ai procédé à contre-courant, pour que mes enfants « fassent leurs nuits » ». On ne va pas se le cacher, les commentaires reçus ont été le reflet de notre société actuelle : insultants, culpabilisants, hargneux, dogmatiques et, pour une bonne part quand même, bienveillants. Faisant évidemment partie de la team mère en carton (c’est à dire particulièrement détendue du string niveau éducation de mes enfants – ceux qui savent, savent), tout cela m’a amené à me poser la question ultime : suis-je vraiment si pourrie comme mère ? Petite revue de détail.

#1 j’ai laissé pleurer mes enfants pour qu’ils fassent leurs nuits

Oui. Oui, à l’instar de ma confrère citée plus haut, je dois l’avouer : j’ai laissé pleurer mes enfants pour qu’ils fassent leurs nuits. Mea culpa, je réciterai 20 pater noster dimanche matin à la première heure. Je pourrai puisque j’aurai passé une nuit complète, sans réveil nocturne (enfin, normalement). 

Je précise tout de suite que mes 4 enfants ont été allaités pendant 6 mois ou presque (je regagne des points « bonne maman »). Cela s’est passé à différents moments en fonction de l’âge et du poids de chacun : num1 vers 4 mois je dirais, num2 et num3 un peu plus tôt (elles étaient plus dodues) et num4 à 6 mois (il y a 10 jours donc). Cela s’est toujours passé de la même manière : une nuit où j’ai fait ma flemmasse, où j’ai refusé, où la fatigue était trop importante, où j’ai dit non. Non, il est 4h du mat, tu va attendre deux petites heures que maman recharge encore un peu les batteries. Certains ont pleuré 40 minutes, d’autres une heure ou deux, mais tous se sont rendormis. Certains ont recommencé la nuit suivante, d’autres non. Mais jamais cela n’a pris plus de deux jours. Et depuis, ils dorment tous parfaitement bien, sans veilleuse, sans peur du noir, sans névrose déclarée.

#2 je n’ai pas cherché à leur faire apprendre l’alphabet à 2 ans

Si j’ai toujours répondu à la curiosité de mes enfants, je n’ai pour autant jamais cherché à les sur-stimuler (enfin, je crois). Le coup du « mon fils est presque bilingue à 3 ans grâce à ces cours qu’il suit le mercredi, c’est vraiment important pour plus tard tu sais » n’est pas passé (et ne passera) par moi. Je me dis bien de temps en temps qu’on pourrait prendre un peu d’avance sur les tables de multiplication avec num2, ou sur les conjugaisons avec num1, ou sur les lettres avec num3. Et puis je laisse tomber. Par flemme oui. Et puis aussi parce que je me dis qu’elles finiront par apprendre tout ça, en temps et en heure.  

#3 je ne joue (presque) jamais avec eux 

C’est pas mon truc. Voilà, j’ai lâché le morceau. J’adore les jeux de société et les jeux de carte (le tarot c’est ma passion), mais ils sont pour le moment trop petits. Je fais bien des montages Lego avec les deux grandes, mais j’admets que ça me fait suer de me poser et de faire un memory ou un jeu de l’oie avec elles. Alors je me fais violence, mais pas toujours. Et on partage d’autres choses. 

#4 je les laisse regarder la tv (un peu) trop souvent

C’est mal, je sais. Les écrans sont l’empire du mal, ils vont finir délinquants juvéniles et je regretterai toute ma vie de les avoir laissé regarder la Pat Patrouille et les Barbapapas dès leur plus jeune âge. Je sais. Je sais mais je laisse faire quand même, si les devoirs sont faits (mon deuxième prénom c’est Palpatine).

#5 j’ai toujours un truc facile (pas bio donc) à faire à manger

Et je n’ai jamais stérilisé quoi que ce soit. Et j’ai fait leurs biberons à l’eau du robinet. J’ai encore la voix de ma mère dans ma tête qui me dit « on est très vitamines caca dans la famille ». Et ben vous savez quoi ? Ils ne sont (presque) jamais malades, n’ont pas d’allergies, et leur IMC est dans la norme. Moi je gagne un temps fou les soirs où je n’ai pas eu le temps de leur préparer un bon petit plat bien équilibré, digne de top chef et validé par la corporation des diététiciens associés, et eux ils adorent ces repas politiquement incorrects.

#6 je les perds parfois de vue quand je discute avec mes copines

Ouaip. Et parfois les 10 secondes où je me rends compte qu’il m’en manque une m’inquiètent, un peu (« une » parce que num4 n’est pas encore en âge de fuguer). Mais il faut quand même que je précise que j’habite à la campagne, dans un petit bled du beaujolais, et que la topographie de l’école fait qu’il y a peu d’endroits où disparaître (il n’y en a pas en fait, hormis un cloître et la bibliothèque, ce qui rend la recherche relativement facile). 

#7 je les laisse grimper sur tout et n’importe quoi

Depuis toujours. Num1 a marché à 9 mois, et ils doivent tous avoir des gènes d’écureuil parce que grimper partout a toujours fait partie de leur façon de se mouvoir. Ajoutez à cela le fait que la maison soit toujours en travaux, que nous ne disposons toujours pas d’escaliers au bout de 10 ans, et vous comprendrez pourquoi ils ont tous su monter aux escabeaux avant d’avoir leur première dent. Alors oui, on a eu de la chance qu’elles ne se fassent pas mal. C’est tout à fait exact. Mais je pense aussi qu’on leur a permis d’avoir confiance en elles tout en les accompagnant et en leur montrant leurs limites.

#8 je pense qu’ils peuvent faire des caprices avant leur majorité

Alors là, je vais me faire lyncher, mais oui, je fais partie de celles qui pensent que les enfants peuvent faire des caprices avant leur majorité (j’entends par là, avant l’entrée en CP évidemment). Je sais bien qu’on nous explique qu’avec les neuro-sciences, on peut désormais être sûrs et certains que le développement du cerveau de l’enfant ne lui permet pas de faire sciemment tourner ses parents en bourrique avant ses 5 ou 6 ans. Admettons. Peut être alors que le problème vient du terme « caprice », qui est la manifestation, chez l’enfant, d’un désir impérieux, soudain, qui ne rencontre pas l’approbation du parent. En d’autres termes, le refus de la frustration donc.

Et bien je suis navrée, mais je pense (et encore une fois, cela n’engage que moi) qu’il est important d’apprendre à un enfant que non, se rouler par terre ne lui fera pas obtenir ce bonbon tant désiré (oh, l’exemple facile). Que non, il ne peut pas se servir son bol de lait bouillant tout seul à 3 ans et que oui, la ceinture dans la voiture est obligatoire. Et je pense que non, nous n’avons pas, en tant que parent, l’obligation d’expliquer à chaque fois par le menu le pourquoi du comment. Parfois, c’est juste parce que c’est comme ça (quand ça concerne la sécurité en particulier).

#9 je pense à moi au moins autant qu’à eux

Les termes éducation bienveillante et parentalité positive me hérissent le poil, d’abord parce qu’on les utilise à tord et à travers depuis quelques années. Et aussi parce qu’à chaque fois qu’on les utilise, on sous-entend insidieusement que les parents ne sont pas assez bienveillants ou dans l’empathie avec leurs enfants (alors que, quand même, les parents cherchent généralement le bonheur de leurs enfants et non l’inverse). Mais qui est bienveillant avec les parents ? Qui s’interroge sur leur satisfaction affective, sur leur bien être et sur leur ressenti ? 

Je suis intimement persuadée que pour que les enfants soient épanouis, il faut que les parents le soient également. Personnellement, j’ai du mal à être à l’écoute, patiente et « bienveillante » si je suis fatiguée, stressée, frustrée, etc. (oui, je peux faire des caprices moi aussi). Parce que parfois, je me demande qui prend soin de moi, de mon linge, de mes repas, de mon confort à moi (nan, mais ne suis pas malheureuse pour autant hein, rassurez-vous. La plupart du temps, tout baigne). C’est pour ça que je pars 4 jours (c’est trop court), une fois par an (c’est pas assez), sans mari et sans enfants, et croyez-moi, ça fait un bien fou.

C’est juste incroyable qu’on puisse intimer aux parents (et en particulier aux mères, vous m’avez vu venir) d’être à la fois actifs, amoureux, amants, logisticiens (est donc, de prendre du temps pour soi, pour le boulot et pour la maison) et à la fois parents parfaits, négociateur hors pair avec Petit Chat, 3 ans et Grand Bichon, 12 ans, sans cris, sans heurts, sans frustration, etc. Personnellement, avec 4 enfants à la maison, je n’ai tout simplement pas le temps de dialoguer à chaque fois que l’un d’entre eux pique une crise. Des fois oui, mais des fois non.

#10 je regrette (presque) de m’être trop justifiée avec mes aînées

A la naissance de num1, j’ai fait à l’instinct donc. Et lorsqu’elle a grandit, puis a été rejoint par sa soeur, j’ai appliqué les bonnes vieilles méthodes de super nanny (on a les références qu’on peut hein, ne me jugez pas) : on se met à hauteur d’enfant, on les regarde dans les yeux, on prend le temps de leur expliquer pourquoi on n’est pas d’accord ou pourquoi on dit non, etc. Bref, j’ai voulu leur parler. Ouaip. Et ben le dialogue a ses limites je trouve. Alors oui, j’en ai fait des futures politiciennes ou des futures négociatrices du GIGN, l’art du débat n’a plus de secret pour elles, elles sont capables de vous retourner une situation en deux deux (et de vous remettre la faute sur le dos au passage), mais en ce qui concerne l’obéissance aux règles, on a encore un peu de chemin à faire. Entendons nous bien, je n’ai jamais voulu avoir des petits robots trop bien élevés, pas fichus de franchir les lignes juste pour voir ce que ça fait. Non. Mais la remise en cause systématique de mes décisions, ça va deux minutes. Avec num3, je n’hésite plus à dire que c’est comme ça parce que c’est comme ça.

Il y a encore tout un tas de trucs qui font de moi une mère imparfaite, évidemment (et pour vous le prouver , je vous renvoie au brillant article suivant). Bien entendu, tout ceci n’engage que moi, et je ne considère naturellement pas que ma façon de faire soit la bonne. Mes enfants grandissent bien, semblent épanouis, sont polis, ouverts sur le monde, curieux et n’ont pas plus de névroses que les autres, c’est tout ce qui m’importe. Je n’ai jamais lu de livres sur l’éducation (peut être aurais-je dû, je ne sais pas) et j’ai plutôt fonctionné au feeling, en m’appuyant sur l’éducation que j’avais reçue de mes parents. Etant moi-même une personne plutôt équilibrée, j’ai estimé pouvoir reproduire sans grand danger les mêmes erreurs que mes géniteurs

Maintenant, étant (très) nettement moins suivie sur les réseaux que Frau Pruno (et d’autres qui ont abordé d’autres sujets tout aussi explosifs), je ne m’attends pas à être submergée de commentaires. Mais dans le cas contraire, je suis prête à répondre à tous ceux qui seront fait avec respect et cordialité, merci. Et vive les mères imparfaites.

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27 réponses à « 10 trucs qui font de moi une mère en carton (mais j’assume) »

  1. Au bucher avec Frau Pruno ! Je plaisante bien sûr. 😉
    Être une bonne maman, c’est composer avec sa personnalité, ses forces, ses faiblesses, ses goûts, son vécu, son conjoint, ses enfants, etc.
    Je parlais de ces mamans parfaites avec ma sœur et elle m’a directement envoyé la vidéo de Florence Foresti sur la maman calme. Tout à fait ça !
    Bon, les enfants sont à la crèche et à l’école, je glande sur internet… Je me fais un café et après, je vais aller bosser. Mon #10 serait que je ne culpabilise absolument pas de les mettre à la crèche ou à la garderie de l’école pendant les vacances quand on ne part pas afin d’être un peu tranquille à la maison…

    1. Ah mais je l’ai pas dit ? Effectivement mes enfants vont au centre aéré et à la creche, même les jours où je suis à la maison… La liste de mes manquements est définitivement trop longue 😂 !

    1. Merci ! Je confirme que notre façon de vivre est un sujet de plaisanterie même au sein de notre cercle d’amis (surtout parce que notre maison, c’est koh lanta pour les enfants, des pièges tous les mètres). Mais globalement, on est plus entourés de parents cools que de parents stressés (l’âge sans doute) 😉

  2. Alors moi je suis le genre de mère a vouloir me rapprocher de la perfection tout en étant consciente de ne pas m’oublier au passage car on a plusieurs casquettes en tant que femme. Mais ça ne me viendrais pas à l’idée de juger quelqu’un parce qu’il fait différemment de moi ! Ça m’énerve au plus haut point les jugements hâtifs et négatifs.

    Moi je veux juste avoir bonne conscience si ça déconne un jour, mais y’a beaucoup plus de gens qui ne se prennent pas la tête et leurs enfants sont beaux et bien élevés pour autant. 😉 l’important c’est l’amour, le respect et de la chance, car même mère parfaite ne peux empêcher son gosse de se blesser par exemple donc la chance ça aide. La vie c’est ça, élever des enfants n’est simple pour personne et aucun n’a des solutions parfaite. L’adaptation c’est la survie.
    Si vous les aimez vous ferez forcément bien et forcément des erreurs, parce que même l’amour n’est pas parfait.
    Bisous à toutes les bonnes mères (donc a toutes en fait)

  3. Je suis toujours aussi fan et bien d’accord avec toi. Tu as un avantage majeur, tu crois dur comme fer à ce que tu dis alors que moi, je le dis mais je doute encore trop souvent du bien-fondé de l’action/reaction.

    1. J’ai un autre avantage sur toi, mon mari a 13 ans de plus que moi et deux enfants d’avance. Quoi qu’on en dise, ça compte quand on se pose des questions ! Ça et une certaine capacité à la zenitude sur beaucoup de sujets effectivement 😂

  4. Comme ça fait du bien de vous lire !!! J’ai 2 enfants de 4 et 2 ans que je gère souvent seule (en plus de la maison, l’administratif…….) Car papa est dans la restauration et très rarement présent. Et forcément je culpabilise de ne pas jouer avec eux, ou de les laisser pleurer car ils font des caprices.
    Ça fait tellement de bien de ne pas se sentir seule et de se voir autrement que comme un monstre.

    1. Mon dieu, mais bien sûr que vous n’êtes pas un monstre !! Papa Génial est moins absent qu’il ne l’a été dans les premières années de nos deux grandes, mais je sais ce que c’est d’être seule à gérer toute l’intendance. Vous faites de votre mieux, les enfants le savent, votre marin le sait, c’est tout ce qui compte 😘

  5. Bonjour, vous avez tout à fait raison de penser à vous j’adore l’idée de partir seule une fois par an ! De toute les façons on reproduit tous l’éducation qu’on a reçu de nos parents au moins sur certains points ! Et bravo pour avoir oser laisser pleurer !mon aîné n’a fait ses nuits qu’à l’âge de 2 ans et c’est un maître du barreau à l’âge de 10 ans … Chaque maman réagi tel qu’elle le ressent et pas de jugement ! Merci.

    1. Merci à vous pour votre bienveillance 🙂
      Et attention, le coup de laisser pleurer peut aussi ne pas fonctionner ! Et vous avez raison, chacune fait avec son intuition et ses ressentis. L’essentiel est de ne pas juger effectivement.

  6. J’adooooore. Moi qui pensait être seule au mon , vous me rassurez. Le problème avec toutes les thories de la parentalité positive, la bienveillance et tutti cuanti c’est qu’on zappe presque le côté humain des parents: la fatigue, la frustration, les hormones, le ‘juste pas envie de’…. très chouette article 😉

    1. Rhoooo, merci, vous me faites rougir…
      Évidemment que vous n’êtes pas seule au monde, on est même vachement nombreuses dans la même situation il parait ! Et n’hésitez pas à revenir faire un tour 😉

  7. Je prends enfin le temps de commenter cet article qui a fait écho en moi: comme toi, je déteste jouer avec mes enfants et je me force de moins en moins à le faire. Tu le sais, je les ai laissés pleurer aussi. Et je n’ai jamais cherché à les sur-stimuler (et pourtant, j’avais les ressources pour le faire), tout simplement parce que ça me faisait suer au plus haut point. Dernier point commun: je pense à moi autant qu’à eux. Peut-être même plus. J’ai appris à ne plus culpabiliser pour tout ça. Mes enfants n’ont pas besoin d’une mère parfaite, ils ont besoin d’une mère qui va bien.

    1. Mais oui ! Oui oui oui mille fois oui ! Je ne suis pas en train de décrire mes ébats de la nuit entendons nous bien, je marque juste là mon plein et entier accord avec ton commentaire. Un jour faudra qu’on se rencontre pour de vrai, histoire d’échanger nos astuces de mères en carton 😂

    1. Je te réponds en même temps que deux des poussins se roulent par terre sur le sol de la cuisine que je n’ai pas nettoyé depuis des lustres… Aimants et imparfaits, c’est tout à fait ça 😉

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